Naviguer dans des eaux inconnues : suivre le courant des changements
St. Jean, Terre-Neuve et Labrador
19 au 22 août 2012
Aperçu
Les fonctionnaires canadiens font face à un niveau de changements jamais connus en une génération. Ces changements découlent de chocs économiques mondiaux, de réorientations géopolitiques, de changement climatique, d’innovations technologiques, de changements démographiques et d’impératifs politiques à tous les ordres de gouvernement.
À l’échelon national, la nécessité de faire des compressions budgétaires entraînera inévitablement un gouvernement de plus petite envergure; une politique étrangère plus musclée nous orientera davantage vers l’Arctique, des accords commerciaux et des acquisitions d’ordre militaire; et une baisse dans la capacité en matière de politiques forcera le gouvernement fédéral à réagir de manière judicieuse aux changements dictés par les électeurs et les événements mondiaux. Le principal défi que devront relever les gouvernements provinciaux et territoriaux consistera à répondre aux besoins en soins de santé d’une population vieillissante sans affamer d’autres groupes ni enrayer l’économie et sans s’endetter encore davantage. À l’échelon municipal, l’infrastructure vieillissante sera l’enjeu qui empêchera les fonctionnaires de dormir la nuit.
Quelle sorte de Canada émergera de ce profond bouleversement dans les valeurs? Quel sera l’équilibre entre les publics, les marchés et la société civile? Qui prendra la relève des gouvernements, lorsque ceux-ci se déferont de leurs responsabilités traditionnelles? Quel sera le rôle des gouvernements en ce qui concerne l’obligation de rendre des comptes au public? Quelles seront les nouvelles initiatives que les gouvernements devront entreprendre et quelles activités existantes devront de ce fait être abandonnées? Et quel sera le rôle des fonctionnaires pour aider à définir notre nouvelle identité?
Du 20 au 22 août 2012, les hauts fonctionnaires, les nouveaux fonctionnaires et les universitaires se rassembleront à St. John’s, Terre-Neuve-et-Labrador, pour examiner ces questions dans le cadre de trois thèmes principaux: 1) gérer en période d’austérité; 2) répondre aux besoins des gouvernements en matière de ressources humaines afin d’acquérir les compétences nécessaires et de tenir compte de l’évolution démographique du pays; et 3) trouver des moyens innovateurs de collaborer pour atteindre les objectifs sociaux, environnementaux et économiques que nous nous sommes fixés.
Attention danger : Gérer en période économique difficile
Après une longue période d’expansion euphorique, les gouvernements du monde entier sont en position de repli. On va s’attendre à ce que les fonctionnaires à l’échelon national, provincial et municipal en fassent plus avec moins – dans certains cas, avec beaucoup moins. Mais le public continuera de s’attendre à recevoir un niveau élevé de services de la part du gouvernement. Les gestionnaires de la fonction publique devront continuer d’offrir d’excellents services tout en disposant de moins d’employés et en ayant une capacité financière réduite.
Mais cela n’est pas nouveau. Les fonctionnaires – et en particulier les fonctionnaires canadiens – ont démontré au fil des ans une grande aptitude à innover et à continuer de dispenser des services publics de très grande qualité malgré les récessions et autres difficultés.
Ce qui a changé, c’est la nature des difficultés. Nous sommes vraiment en terrain inconnu. Le vieillissement de la population, la mondialisation de l’économie, la restructuration des alliances géopolitiques, l’érosion du système de bien-être social du berceau à la tombe, la prolifération des lobbyistes et des groupes de réflexion, et les avancées technologiques ne sont que quelques-uns des principaux facteurs environnementaux qui forcent les fonctionnaires à repenser la manière dont ils doivent fournir des conseils à leurs maîtres politiques tout en offrant des services au public.
Deux défis semblent particulièrement importants. Le premier défi est la restructuration de l’économie canadienne, qui au lieu d’être ciblée sur l’extraction des ressources naturelles s’oriente davantage vers les services financiers de pointe, les technologies d’avant-garde, les sciences de la vie, la défense, les services récréatifs et autres services d’économie avancée; ces changements ont un impact sur les sphères politiques comme l’enseignement supérieur, la propriété intellectuelle, le capital de risque et l’infrastructure d’innovation. Le second défi est la présence croissante du Canada dans le Nord, ce qui soulève des questions de politique dans les communications et l’infrastructure des transports, le peuplement, l’exercice des pouvoirs par les Autochtones, l’exploitation des ressources, la souveraineté, etc.
Récifs, hauts-fonds et autres dangers : les nouveaux visages de la fonction publique
La transformation du Canada entraînera inévitablement la transformation de la nature de sa fonction publique. Traditionnellement, les employeurs de choix au Canada, les gouvernements seront mis au défi d’embaucher et de retenir les meilleurs et les plus brillants éléments; la concurrence des sociétés multinationales, des entreprises point.com et autres employeurs recherchés au Canada et ailleurs dans le monde exerceront des pressions sur les gouvernements pour que ceux-ci offrent des avantages ou des conditions de travail similaires afin d’attirer ces personnes à grande mobilité – tout en veillant à ne pas entrer en concurrence déloyale avec le secteur privé.
La prédominance des « baby-boomers » baissera dans la fonction publique, mais un grand nombre d’entre eux resteront actifs, partageant des espaces de bureaux avec différentes « générations » de travailleuses et travailleurs plus jeunes. Comment est-il possible d’optimiser les contributions de ces divers groupes de travailleurs (sagesse, connaissances, énergie, savoir-faire)? Et comment la fonction publique peut-elle répondre aux besoins des travailleurs plus jeunes, qui pourraient avoir des attentes différentes concernant la conciliation travail-vie personnelle, les médias sociaux au travail et la fidélité à l’employeur?
Les Autochtones, les minorités visibles, les personnes handicapées, les transgenres et autres populations diverses apporteront de nouveaux points de vue et de nouvelles attentes à la fonction publique. Est-ce que la fonction publique sera sensible à leurs idées et à leurs besoins?
Et d’une manière générale, on exhortera les gouvernements à injecter du sang nouveau dans la fonction publique à une époque où celle-ci s’amenuise partout.
Les gouvernements devront trouver des moyens innovateurs pour équilibrer le contrôle et l’autonomie, la transparence et la confidentialité, les avantages de toute nature et le rendement, s’ils veulent rester un employeur de choix dans un milieu où la demande de main-d’œuvre dépasse l’offre de main-d’œuvre.
Ohé, moussaillon! : Collaboration et engagement
Si les membres de l’équipage d’un navire entretiennent de bonnes relations de travail, ils peuvent essuyer les pires orages. Une flotte de bateaux (même une petite, disons une Nina, une Pinta et une Santa Maria) peut apporter tout le soutien nécessaire pour traverser à la voile un océan inconnu. Le particulier atteint plus de résultats en travaillant avec les autres qu’il ne le ferait en travaillant seul. La collaboration avec des collègues et l’engagement d’intervenants externes, c’est ce qui permet de garantir le succès.
Il existe une évidence croissante dans tout le pays d’une collaboration horizontale entre les ministères et les organismes du même gouvernement, découlant de l’idée que certaines questions sont trop complexes pour qu’un seul ministère ou organisme puisse s’y attaquer. Il existe également des tonnes de témoignages qui montrent que la collaboration entre les gouvernements et les organismes non gouvernementaux donne souvent lieu à la prestation de services aux clients qui est plus efficace et efficiente que si le gouvernement était seul à le faire. Mais est-il possible d’en faire plus?
Au sein de la Confédération, il existe une longue tradition de collaboration entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, mais même dans ce cas, les façons traditionnelles de collaborer sont en train de changer. De nouveaux accords fiscaux font l’objet de discussions en ce qui concerne les soins de santé et les transferts sociaux. Les activités d’approvisionnement du gouvernement fédéral jouent tout à coup un rôle beaucoup plus important dans le développement régional. Le fonds de la taxe sur l'essence a ouvert de nouvelles possibilités au financement fédéral des municipalités. Ce ne sont là que certains des importants changements qui influeront sur la manière dont les ordres de gouvernement collaboreront à l’avenir.
À l’échelle internationale, le Canada étudie de nouveaux accords de libre-échange et est un participant actif dans les efforts commerciaux, diplomatiques et militaires. Cela crée de nouveaux défis pour les fonctionnaires qui travaillent dans ces domaines.
Les sociétés innovatrices du secteur privé ont recours à de nouveaux moyens pour obtenir la participation de leurs clients : l’externalisation ouverte, l’approvisionnement libre et la collaboration de masse. Est-ce que certaines de ces techniques pourraient être utilisées pour offrir les services gouvernementaux de manière plus efficiente ou pour élaborer de meilleures politiques? Si oui, quel est le rôle du service public par rapport à celui des partis politiques et autres groupes dans la sollicitation de l’avis du public?
A propos de l'IAPC
Fondé en 1947, l’Institut d’administration publique du Canada est une association dynamique qui regroupe des fonctionnaires, des universitaires et des particuliers s’intéressant à l’administration publique. Cet organisme favorise la création de réseaux de savoirs efficaces entre tous les ordres de gouvernement et se veut à l’avant-garde de la recherche en administration publique au Canada. Depuis le début des années 1990, il a joué un rôle essentiel dans l’exportation à l’étranger de l’expertise canadienne concluante dans le secteur public.


